Retour

Ca fait déjà quelques années que j’ai quitté la ville où j’ai grandi. Depuis, mes retours ne sont jamais très longs mais ils se succèdent avec régularité, une régularité dictée surtout par mes origines et statu familial: italien, fils unique. Pour ceux qui connaissent assez l’Italie et les italiens il serait superflu d’en ajouter d’avantage, pour les autres on renvoie à la littérature spécialisée (Discipline: sociologie ou psychologie. Mot clé: “mamma”).

La dernière rentrée, bien que marquée par plusieurs épisodes plutôt intenses, n’a pas manqué de me rappeler comment certaines étapes clés restent des passages obligatoires dans cet étrange rituel qu’est le “retour”.

La première étape, un grand classique, est franchie environ une semaine avant le départ et vois ma mère qui me pose pour la première fois une question qui se répétera jusqu’au jour de mon départ, avec une appréhension grandissante et jamais très bien dissimulée:  “tu veux quoi à manger???” Par souci de précision je devrais ajouter que la question n’a rien à voir avec le fait que je reviens de l’Afrique et aux images terribles qui envahissent les écrans européens en faisant des affamés la caricature d’un continent. La question était la même quand je revenais de la France ou de n’importe où et reste inébranlable face à mes inutiles “ne t’en fais pas”, “on verra”, “comme tu veux”, “ne stresse pas”.

Après avoir remis pies sur ma terre natale la vue du premier repas, plaisir des yeux et d’estomac, marque, il faut l’avouer, la deuxième étape et le vrai début du retour.

Ensuite, quand cette expression typiquement italienne de l’amour maternelle ne m’empêche pas totalement de me lever da la table je peux me dédier aux amis que je ne vois pas depuis longtemps. Avec la plus part des gens que je croise accidentellement dans les bars les salutations suivent une démarche plutôt figée mais, ayant désormais développé un bon éventail des réponses standards aux questions et commentaires les plus recourants (là oui, les images des enfants affamés influencent pas mal ces échanges), j’arrive normalement à m’en sortir plutôt bien et vite.

Il est vrai que parmi la multitude des gens ayant eu une partie dans mon passé et re-croisés par hasard il y a des cas où je ressens un vrai plaisir dans la rencontre, mais j’ai compris avec le temps que ce n’est qu’avec un très petit nombre des personnes qu’il vaut mieux passer le peu de temps que j’ai. Avec ces gens les plaisir peuvent avoir plusieurs formes: du sentiment profond d’avoir quelqu’un qui finalement comprend tes paroles et expériences et qu’il se lire le “moi” qui n’est pas seulement la masque qui sort dans un contexte particulier, au simple bonheur de passer une soirée à regarder le dernier Harry Potter (oui, j’avoue) avec la personne qui était là pour le premier épisode (on vieilli mes amis…) et avec laquelle tu te comporte exactement comme quand tu avais 15 ans.

Après l’arrivée et les premières excitations arrive normalement la quatrième étape ou phase: celle des réflexions. Le facteur déclenchant est le fait de voir que, alors que la famille donne l’impression de ne pas beaucoup bouger avec le temps et la distance, le rapport avec les amis, sauf quelques cas rares, n’ont pas arrêté de changer et d’évoluer. Sans la quotidienneté à faire de ciment les relations restent souvent dans un équilibre précaire entre plusieurs sentiments: la courtoisie, la nostalgie sentimentale, un partage plus ou moins réussi des expériences et d’autres sentiments difficiles à résumer ou cataloguer. Parfois je me perds dans des questions existentielles sur l’amitié, sur ma vie un peu “nomade”, sur les changements que je vois en moi et en mes amis. Aux réflexions suivent des sentiments divers et quelques propos de bonne volonté. Ces derniers ne concernent pas forcement que la fréquence des lettres et emails à envoyer aux amis lointain, mais surtout sur la recherche d’un partage “autre”, qui sache aller au-delà du manque de la quotidienneté. Ces genres de réflexions annoncent normalement que le moment de quitter s’approche et j’essaie de les chasser en me disant que les larmes de crocodile et le stress du “je dois tout faire, tout voir” n’aident pas forcement à mieux vivre, voire vivre tout court, les petits et grands bonheurs des retrouvailles et de la spontanéité.
Avec un succès plus au moins grand de cette lutte interne je reprends l’avion, avec les images du retour et de ce qui m’attend qui se mêlent comme pièces d’un mosaïque dont l’image finale n’est, et ne sera jamais (j’espère), finie.

Finis les congés j’ai encore à mes côtés, autres que souvenirs et réflexions, les 5-6kg gagné. Le cercle ouvert par le “tu veux quoi a mangé”, se referme encore une fois symboliquement représenté par ma nouvelle ronde silhouette.

Grazie mamma.

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One thought on “Retour

  1. Beaucoup de gens de mon enfance sont ‘nomades’ ; la plupart de mes amis vivent maintenant à l’étranger, donc à chaque rentrée je retrouve un différent mélange de personnes avec qui je partage mon temps. Je trouve très intéressant de rencontrer des gens avec lesquels je n’étais pas forcément ami auparavant, voire auxquels je n’ai même pas pensé depuis le lycée.Ca me permet de juger quel genre de personne j’étais à l’époque, qui je suis maintenant, et ce que je recherche dans mes relations sociales. Je peux me demander pourquoi je n’avais aucun intérêt dans cette personne avant ? Quels sont ses caractéristiques que j’admire et qui pourraient m’enrichir? Est-ce que j’aurais envie d’entretenir une relation vu qu’on risque de ne pas se revoir pendant des années? Quand on fraternise toujours et automatiquement avec les mêmes personnes, on se pose très rarement la question de savoir en quoi consiste l’amitié qu’on pense éprouver. Y’a-t-il vraiment un lien d’amour, solidarité, envie de partage etc. ou est-ce qu’on socialise parce que c’est ce qu’on a toujours fait ? Ceci dit, ce ne sont pas vraiment des questions nécessairement très importantes pour mon existence –comme j’ai dit avant, la plupart de mes amis sont à l’étranger, donc je n’ai pas à me soucier de savoir si j’ai vraiment envie de les voir… en plus je considère toujours mon passage à la maison comme éphémère; je pense toujours au départ, à l’avenir, plutôt qu’au présent et au passée…

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