Selamat datang ke Singapura*

Chronique d’une enfant d’Afrique en Terre Asiatique #1

“Two of the greatest gifts we can give our children are roots and wings.” — Hodding Carter

J’ai eu la chance de voyager beaucoup, et de vivre dans des pays/villes/quartiers aux antipodes les uns des autres. Edéa, Soa, Yaoundé, Douala, Abidjan, Paris… autant de destinations marquantes que d’étapes déterminantes sur le chemin de ma petite existence. On a toujours des raisons de partir; un engagement à une cause, le plaisir, la curiosité…

Concernant Singapour**, lieu de mon dernier exil temporaire il s’est agit tout d’abord d’un choix de raison. Des raisons académico-professionnelles, la montée de la Chinafrique, les pays émergents el dorados d’aujourd’hui et demain, une jolie ligne sur mon CV, de belles perspectives en somme… Je partais à la conquête d’une place économique pleine de promesse pour la future ex-re-étudiante que je suis! Oui, c’est vrai. Mais l’autre raison de ce départ, la moins glamour, celle qui -je l’avoue en secret- me faisais le plus vibrer en attendant mon prochain décollage était la fuite, tout simplement. Fuite d’un Paris qui pour moi était pessismiste et gris, fuite de circuits qui tournent en  rond, fuite des sourires convenus  et des conversations futiles, et fuite d’un manque quasi asphyxiant d’inspiration ou  de perspetives enthousiasmantes. Il fallait que je parte, vite, que je continue de “parcourir le monde à la recherche de ce que [je n’avais] pas encore” comme m’a dit quelqu’un… C’est ainsi qu’à mi-chemin entre mon envie de fuir et ma volonté de conquête(s), j’ai bouclé mes bagages et suis montée dans le grand oiseau de fer, sans un regard en arrière, destination L’Asie, terre inconnue!

Il faut quand même préciser que j’étais loin d’être sûre de moi. Mon précédent choc culturel, (ou les délices de la vie parisienne) avait quelque peu égratiné mon optimiste quant à l’exposition à une culture ou un mode de pensée différent. Certes il y avait l’excitation de ce challenge tout neuf et de cette expérience qui -négative ou positive- s’avérerait de tout façon hors du commun. Mais on the other hand, j’étais ter-ro-ri-sée! Arrivée à Changi Airport , crise de panique, 1000 questions se sont bousculent dans  ma tête: “Mon Dieu mais qu’est ce que  je fais ici? Il n’y a pas un seul noir à l’horizon! Pourquoi tout le monde me regarde? C’est quoi cet accent, je croyais qu’ils parlaient anglais! Je suis toute seule! Est ce que je peux encore faire demi- tour?Qu’est ce qui m’a pris de faire ce choix? Je ne peux même pas appeler mes proches! Je veux rentrer chez moi, je veux voir ma mère et mes frères!  Mon Dieu qu’est ce que je fais ici?!?”  Jusque là ces instants on été les pires de mon séjour Singapourien. Ca a duré une bonne demi-heure, courte, mais ô combien intense!

Une fois la frontière passée et mes bagages récupérés, j’ai eu droit à ma deuxième découverte ( la 1ère étant le singlish des douanier, incompréhensible quand on n’est pas habitué), le métro singapourien, MRT pour les intimes.  Fascinant métro songapourien. Pas une odeur, pas un ivrogne, pas de traces suspectes sur les sièges,  pas de citadin qui râle pout tout et pour rien. Juste un tube de fer, automatisé et immaculé de propreté, qui semble flotter sur un coussin d’air. Trève de lyrisme. La découverte du métro m’a appris l’une de mes 1ères leçon: à Singapour, RIEN n’est laissé au hasard. Il est interdit de boire et de manger dans le metron ainsi que d’y transporter du durian fruit typique de la région (en cliquant sur le lien vous comprendrez mieux pourquoi!). D’ailleurs détail logistique significatif: il y a des toilettes à peu près correctes dans toutes les stations singapouriennes, détail qui explique très certainement la différence au niveau des odeurs dans les couloirs (n’est ce pas Paris?)! Quant aux ivrognes potentiels, l’alcool -surtaxé- coûte tellement cher à Singapour qu’on peut raisonnablement imaginer qu’une personne qui a les moyens/la volonté de se sâouler a largement les moyens de prendre un taxi. Logique.

2e leçon: à Singapour RIEN n’est laissé au hasard. Je l’ai déjà dit? Ce n’est pas grave.  Singapour est une ville très sécurisée. Même si, comme le gouvernement l’indique conscienscieusement “low crime”ne signifie pas “no crime”,j’ai très vite compris pourquoi à la sortie du métro! Il  y a un nombre de caméras au mètre carré qui doit décourager la grande majorité des aspirants criminels. S’en est presque risible. Et encore il parait qu’on ne les voit pas toutes!  A ce stade de mon arrivée j’avais déjà commencé à me détendre. J’étais dans un environnement légèrement dirigiste, mais propre, organisé et sécurisé. Parfait!

Une fois sortie du métro, une autre surprise m’attendait: la température. Il faisait chaud! Mais pas n’importe quelle chaleur, la chaleur de Douala, humide,  ultra présente,envahissante mais douce et ô combien rassurante quand venant d’Afrique, on a -mal- vécu la sécheresse, la grisaille et l’absence de soleil de l’autome-hiver occidental!  D’ailleurs une fois dans la rue,  la végétation dans la rue m’a conforté dans mon trouble. Des bougainvilliers, des frangipaniers, mais aussi des badamiers, (aka mimpoy pour les initié(e)s qui assument leuur enfance à lancer des cailloux dans les arbres!)

Les odeurs, les couleurs, la chaleur. J’avais comme une impression de déjà vu, j’étais dans une espèce de monde parallèlle où un savant fou avait Photoshopé Douala ou Abidjan, lissant tout ce qui gêne un peu, même si on s’y est habitué, ne laissant que le meilleur du décor. Je me suis arrêtée,et j’ai pris le temps de regarder autour de moi. Des bâtisses coloniales singapouriennes, adossées aux buildings futuristes qui grattaient le ciels, des femmes toutes nyanga (coquettes) pour aller au travail, des geckos sur le mur et l’air côtiers signe que la mer n’était pas bien loin. Rassurée, libre, pleine d’espoir, et le sourire aux lèvres je vivais un voyage dans le temps, un véritable miracle. A des milliers de kilomètres de mon Afrique, moi, géante noire au milieu d’une foule d’asiatiques, le coeur gonflé d’une énergie nouvelle,au délà de mes ambitions, et pour la première fois depuis bien longtemps, je  me sentais chez moi, tout simplement. Selamat datang ke Singapura.

*Bienvenue à Singapour en Malais

**Les liens en bleu renvoient à des images ou à des définitions des termes utilisés. Cliquez!

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4 thoughts on “Selamat datang ke Singapura*

  1. Il faut bien sentir et gouter le durian pour vraiment apprecier son interdiction dans les lieux publics :/…moi aussi, a chaque fois que j’ai ete en asie, j’ai eu l’impression d’etre en afrique, surtout dans les pays …”moins developpes”…le climat, certainement, mais aussi les marchands ambulants, l’odeur omnipresent de la bouffe, le trafic chaotique…on pourrait se croire dans n.importe quel pays de l.afrique tropicale. Au moins jusqu’a ce que un passant curieux vienne caresser tes tresses et te chanter “buffalo soldier, dreadlock rasta” (ce qui est vraiment arrive a une amie)…sinon, je te conseille fortement d’aller en malaisie quand t’auras le moment, et surtout a penang. C’est tres beau (tu pourrais te croire a kribi…) mais fais gaffe aux especes de caimans-dragons enormes dans les lacs!!

  2. Ha ha ha dreadlock rasta ! Jai ete en malaisie, a Kuala Lumpur, on dirait vraiment Douala sans les motos taxis… Moi jai eu droit a “black diamond”, Hakunamatata”, et “waka waka!” Interessant sejour en tous cas, peut ete le sujet d’un futur article! Kandou

  3. Oh!!! F é l i c i t a t i o n s ma fffillle!… Je salue ton courage et je vois ici en temps réel, que mon âme soeur à bien transmis sa v(o)ie à une digne héritière! Elle peut en être fière… MERCI ma zolie Kandou, Kandou de mes rêves, pour ce merveilleux voyage, aux confins du temps et de l’espace.

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